Pourquoi une courte de nuit est toujours inévitablement suivie d'une longue journée? Je soupçonne une loi de nature derrière ce phénomène, les scientifiques ne nous ont pas tout dit.
La journée a bien commencé, allez! 5 heures de sommeil dans le corps, dehors à 7h30, une demie-heure d'attente à -17 degrés, la moue d'une voisine qui a sursauté en me voyant puis m'a foudroyée du regard (merci goujate de me faire comprende que j'ai une sale gueule le matin), l'arrivée enfin de Morasticot, une heure de route pour aller au travail, dans un trou perdu, plus perdu que la Ville Morne.
D'ailleurs, ce travail. J'adore quand on me demande où j'étais ce matin. "En prison"... toujours suivi d'une gêne puis du silence. Bon, ça commence à se savoir que j'y vais pour faire de la recherche, donc j'ai de plus en plus de mal à trouver des gens avec qui savourer le malaise. Ceci dit, c'était peut-être pas stratégique de révéler mes occupations sur mon blog. Passons.
Arrivée, donc à la prison, yeux de biche et sourire en coeur à l'entrée pour qu'on m'ouvre (plus facile que les autres fois, d'ailleurs), me dépatouille avec le distributeur des clés, cherche fébrilement sur le papier jaune la procédure, le code, le mot de passe, faire comme si tout est sous contrôle, 4 caméras braquées sur moi, ne pas avoir l'air suspect, deviner que dans le poste derrière la vitre opaque, 2 gardiens me tiennent à l'oeil, attraper les clés d'un air vainqueur, me sauver aux ascenseurs. Une caméra, deuxième étage, 3 caméras, 2 couloirs, 1 caméra, enfin me réfugier dans le bureau où les caméras ne sont pas permises.
Entendre le rire gras de la secrétaire qui papote avec le gardien qui fait la ronde, terminer un document, ignorer les regards interrogateurs quand on me voit assise au bureau, à la place du grandissime Dr. B. Copie, photocopie, boum, dans le premier poste de soin.
Expliquer le projet aux infirmières, ça se passe bien, la butée est en fait la plus enthousiasmée, 3 autres de recrutés, trap trap, bla bla, serre la main, carte magnétique, me retrouve dans le couloir, 3 caméras. Ragaillardie par cet échange sympathique, je me dirige vers le poste #2, où, bien sûr, ça va se passer aussi bien. Bon, pas tout à fait, moment plus ou moins bien choisi, les détenus en combine orange fluo finissent leur repas, mais encore 2 recrues d'ajoutées à la liste, me fait bouffer un beigne dans la face, cool, tiguidou on continue.
Troisième étage, 3 caméras, poste #3. Sarabande des portes magnétiques, quand l'une est ouverte, l'autre ne se déverrouille pas, faut attendre, puis attendre encore. Des infirmières automates qui s'occupent de détenus automates, vagues signes de tête en réaction, si ce n'était pas du tic oculaire de celle de droite, je vérifierais leurs signes vitaux vite faits, suivis d'une piqûre d'adrénaline direct dans le coeur. Avec le sourire, parce qu'il faut sourire pour les recruter.
Poste #4 idem, difficile d'avoir leur attention. Je fantasme que je me déguise avec une combine orange fluo et fous le bordel dans le poste, j'aurais leur attention presto j'en suis sûre. Finalement il y en a une très gentille qui s'occupe de moi pendant qu'elle fait un test de glycémie à un détenu, trap trap, merci, à la semaine prochaine.
Retour à l'ascenseur sous l'oeil des 3 caméras, clé magnétique, l'ascenseur ne vient pas. Recommence, mais non, l'ascenseur ne vient pas. Travailleuse sociale qui passe par là, ils ont changé quelque chose? Oui, tu rentres ton code maintenant. Quel code, celui à 4 chiffres? Non, celui à 5 chiffres. Merde, j'ai pas de code à 5 chiffres. J'en ai un à 3 chiffres et un à 4 chiffres, mais même si je les mets ensemble, ça fait 7 chifffres. Regard indulgent de la TS, me fait venir l'acenseur "pour cette fois", faut t'organiser, vas chercher ton code à 5 chiffres. Ok, mais où? Sais pas, demande à X. C'est qui X, mais la TS a déjà tourné le coin.
Besoin de quitter cet endroit, ne plus regarder les fantômes orange. Besoin de retourner voir la secrétaire au rire gras, qui m'explique le mystère du code à 5 chiffres. Redescends au premier, trouve Morasticot dans un coin de couloir sombre sous la surveillance d'une caméra et les 2 gardiens de l'entrée, "Il vous attend", Morasticot qui me fait un sourire gêné, je demande au gardien "¨Ça va, tu l'as bien interrogé? Il t'a tout dit?", l'autre qui renifle un peu de sarcasme dans mes propos mais est désarmé par mon sourire angélique qui cache presque entièrement mes crocs.
Retour à la Ville Morne, pause expresse à la maison, tomber dans un guet-apens tendu par Lucy sur Skype, m'extraire de ses griffes, me sauver au Café étudiant, apprendre que ça te dérange pas si on part plus tard que prévu genre 16h30 - 17h? Une heure d'attente, c'est pas comme si j'ai le choix. En attendant, je clavarde avec Claudio pendant que Lucy est scotchée devant Taratata.
Furet Pélerin revient, on embarque dans son char, une ferraille pour 7 personnes toutes barriolées de dessins en tout genre (dont une Tour Eiffel parce que Furet est frenchie), graffitis, phrases proverbes et signatures. Tous les amis de Furet Pélerin ont marqué leur territoire sur sa carriole, on dirait une vieille van hippie années 70. Des voyants s'allument tout le temps, les freins font un bruit inquiétant, Furet qui raconte fièrement que sa bécasse a fait Halifax-Vancouver l'année dernière, "Vous savez pousser si ça pète?", répondre oui en riant et se dire que quand même ça risque bien d'arriver. Arrêt rapide chez Furet, 6 personnes dans sa maison, c'est l'Auberge Espagnole live, pas sûre où mettre les pieds, carnage domestique. Puis la route vers Montréal, les passagers sont sympathiques, rires et fous rires sur 200km, Montréal c'est la porte à côté.
Au repas avec Cryo, je lui raconte mes cyberbêtises avec Lucy. Cryo sourit (de pitié?) de me voir en auto-délire et me fait remarquer que je ris tellement que - merdouille de patrimoine génétique défectueux - mes yeux s'embuent (j'entends Lucy d'ici en train de proclamer à qui veut l'entendre: Vous avez lu chez Skye? Je rends les gens heureux, elle l'a dit! Je rends les gens HEU-REUX!!!).
Retour à la maison à 21h30, roule jusqu'au lit, fous rires, étreintes, zzzzzzz...
Note à Sylll - Croco est un de mes bons amis qui connaît les mêmes aléas scolaires que moi. Il ne s'agit pas, comme quelqu'un l'a déjà cru, d'un partenaire de partie de fesses en l'air, à moins qu'il ne me pousse bite et foultitude pileuse.



Commentaires