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Jeudi 4 janvier 2007
Il a répondu à mon invitation pour déjeuner. Une chance, parce qu'il décolle pour l'Europe ce soir et je ne le reverrai pas avant plusieurs mois. Normalement, je mange devant mon ordi au travail. Mais pour le Voyageur, une entorse à la règle est nécessaire.
La conversation était ordinaire, presque banale - les dernières nouveautés en somme. Et jusque là, ça allait bien. Puis le sujet a dévié sur sa douce (son ex-douce, devrais-je dire). La rupture remonte à quelques mois déjà mais il n'a pas encore digéré le tout. J'ai vu une facette de lui dont je ne soupçonnais pas l'ampleur: un côté désespérément romantique, une grande naïveté affective, passionnée. Je le regardais déballer son amertume - ce qu'il ne fait jamais - puis, lorsqu'il en eut fini, garder la tête baissée et attendre que je détourne le spot sur moi. Je ne savais pas quoi lui dire pour l'aider à panser ses plaies.
 
"Tu es pensive", m'a-t-il dit, et c'était vrai. Je me revoyais presque 3 ans plus tôt, au téléphone d'une gare parisienne. "Tu sais, continue-t-il, il n'y a pas eu de clôture, pas de conclusion. Si ta tête ne sait pas que tu dois commencer à préparer la fin, les sentiments ne changent pas. Et moi je ne savais pas que je devais commencer à préparer la fin. Ça n'a pas pu commencer à finir..." Et je le regardais sans rien dire, sans lui dire que je savais, je savais exactement de quoi il parlait. Je me revoyais simplement le combiné à la main dans cette gare, mon déluge exposé à nu, et tous ces visages mal à l'aise qui me regardaient, me regardaient faire ma scène en silence. Oh oui, je savais...
 
"Tu es pensive", me disait-il, mais c'était comme l'écho de reproche.
Par Skye - Publié dans : Skye
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